Mercredi, 12 Février, 2020

A quoi servira la « Convention citoyenne » sur le climat ?

Tandis que les désastres climatiques se multiplient à travers le monde sans épargner la France, Emmanuel Macron tient aujourd’hui « un Conseil de défense écologique » avant de se rendre demain sur la Mer de Glace dans les Alpes pour constater sa fonte accélérée. Alors qu’une  étude de l’Agence européenne de l’environnement prévoit une accélération des phénomènes climatiques extrêmes en  France et en Europe, 150 citoyens,  tirés au sort, doivent faire  des propositions au chef d l’Etat au début du mois  d’avril.   Il reste à voir ce que seront leurs idées. Mais aussi l’accueil que leur réservera le chef de l’Etat qui,  en mai 2018, avait humilié  Jean-Louis Borloo lors de la remise de son rapport sur la rénovation des banlieues.

 

Il faut toujours se méfier  d’Emmanuel Macron, qu’il s’agisse de la réforme des retraites, de la rénovation des banlieues ou des mesures à mettre en œuvre  pour freiner le réchauffement climatique. Alors que les dégâts de la tempête Ciara ne sont pas encore chiffrés, il n’est pas inutile de revenir  sur l’ambiguïté des propos  tenus le président de la République le 10 janvier 2020  lors de la mise en place de la «Convention citoyenne» dont  les 150 membres ont été tirés au sort  pour produire des propositions contre le réchauffement climatique. Il convient aussi de se souvenir  que le même président Macron avait,  en  2017, chargé l’ancien ministre Jean-Louis Borloo   de produire  un rapport  contenant  des propositions pour améliorer  la situation  des populations vivant  dans les quartiers  populaires  des banlieues  de nos grandes agglomérations.  Quand vint le moment de rendre ce rapport, le 22 mai 2018, Emmanuel Macron  convoqua la presse à l’Elysée pour donner du relief  à l’évènement. Jean-Louis Borloo, qui fut ministre en charge de l’Ecologie dans le gouvernement Fillon entre juin 2017 et novembre 2010,  présenta brièvement son travail contenu dans un document  qu’il remit en mains propres au président de la République. Il  reçu alors d’Emmanuel Macron cette réponse aussi cinglante que méprisante: « quelque part, ça  n’aurait aucun sens que deux mâles blancs ne vivant pas dans ces quartiers  s’échangent l’un un rapport  et l’autre disant «on m’a remis un plan, le l’ai découvert»; ce n’est pas vrai, ça ne marche pas comme ça ».

Botter en touche pour éviter  une dépense de 50 milliards  d’euros

Il est vrai que le plan remis par Jean-Louis Borloo  préconisait  de consacrer 50 milliards  d’euros  à la rénovation des banlieues avec une amélioration des services publics. Ce seul chiffre  avait suffit pour provoquer la réponse cinglante et humiliante du président Macron. Il s’est également dit que l’opposition du Premier ministre Edouard Philippe à une telle dépense  avait compté pour aboutir à la réponse  humiliante de Macron à Borloo. Les membres de la « Convention citoyenne» se souviendront-ils de ce précédent au moment de rendre leur copie les 2et 3 avril prochain? Certaines  petites phrases  lâchées le 10 janvier par Emmanuel Macron laissent penser que des  propositions non conformes  aux attentes du président seront traitées comme le fut le rapport Borloo sur les banlieues.

Ainsi, quand un membre de cette « Convention citoyenne »  l’a interrogé sur  les raisons qui ont conduit la France  à approuver le CETA, cet accord de libre échange entre l’Europe et le Canada, le président  de la République lui a donné cette réponse : « Quand j’ai été élu président, la négociation était terminée, le traité était signé». C’était vrai  s’agissant de la négociation entre la Commission européenne et le Canada. Mais  aucun des pays membres  de l’Union européenne ne l’avait encore  ratifié  et la France pouvait le rejeter.  Or, depuis son élection, Emmanuel Macron l’a fait approuver par une majorité de députés  et il attend l’accord du Sénat  qui n’en a pas encore débattu.

Quand Macron prône l’ultralibéralisme en économie

Au cours de cette rencontre du 10 janvier, Emmanuel Macron avait  également déclaré : « Je défendrai une économie de marché libre et ouverte et je pense qu’elle est compatible avec l’écologie». Or tout ce que nous observons depuis plusieurs  décennies prouve le contraire. Nous le voyons avec les délocalisations  de productions industrielles  et agricoles dans les pays à bas coût se main d’œuvre  sur fond de dumping social, fiscal et environnemental. Quand Emmanuel Macron  est allé à deux reprises, en mai 2017 et en automne 2019,  sur le site  de Whirlpool  à Amiens rencontrer les travailleurs licenciés deux fois de suite en deux ans, suite au transfert  de la production en Pologne,  il a justifié  cette politique  qui augmente, à volume de production identique, le CO2  émis  dans la production industrielle. Car Whirlpool cassait en France  une usine en bon état de marche pour construire un autre en Pologne dans le seul but d’accroître les profits en bénéficiant de salaires trois fois plu bas. Au bilan carbone de la nouvelle construction polonaise, s’ajoutait son alimentation en énergie électrique, provenant du charbon à hauteur de 80%.

Relevons enfin que lors de ses vœux aux Français le 31 décembre 2019, les seules mesures «écologiques» mise  exergue  par Emmanuel Macron furent l’arrêt  des forages pour extraire ce qui reste de pétrole dans le  sol français  et la fermeture prochaine des trois ou quatre centrales électriques à charbon qui subsistent encore en France. Mais que vaut l’arrêt des forages pour trouver du pétrole en France en termes de réduction du CO2 quand  la consommation globale du pays ne diminue pas ? Car  le pétrole  extrait ces dernières années de notre sol égalait  seulement 1% de notre consommation globale!  Ajoutons que cette consommation ne va pas diminuer, puisque nous assistons  à une croissance incessante des transports par la route au détriment du rail. De même,  quel est sera l’impact de la fermeture des dernières centrales à charbon en France en matière de réduction des émissions de CO2 quand on sait que l’électricité qu’elles produisent ne représente que 1,1% de notre production annuelle en moyenne?

Il faudra se souvenir de toutes  les contradictions de la politique du  « et en même temps » quand  les 150  membres de la « Convention citoyenne » rendront leur copie au début du mois d’avril. D’autant que le président Macron leur fera peut-être des réponses aussi cinglantes  que celles faites à Jean-Louis Borloo en mai 2018. Ajoutons que la mondialisation libérale de l’économie  est aujourd’hui  le principal vecteur  du réchauffement climatique. Nous proposons de le démontrer deux jours de suite, via une analyse de la production laitière et du commerce des produits laitiers à partir des principaux pays producteurs.   

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