À Atarib (à l’est d’Alep), les civils syriens fuient aussi les bombardements des forces armées. A. Watad/AFP
À Atarib (à l’est d’Alep), les civils syriens fuient aussi les bombardements des forces armées. A. Watad/AFP

Syrie. La mort plane sur Idleb

Jeudi 13 Février 2020

Dernière enclave contrôlée par les djihadistes, cette province du Nord-Est syrien est soumise à d’intenses bombardements par Damas et son allié russe.

La bataille d’Idleb sera certainement décisive dans la guerre en Syrie. Cette province du nord-est, frontalière de la Turquie, est désormais la seule non contrôlée par Damas. Ces derniers jours, Ankara y a considérablement renforcé sa présence militaire. Mercredi, l’Armée arabe syrienne s’attelait à sécuriser les environs d’une autoroute clé, reprise la veille aux rebelles et djihadistes, poursuivant leur avancée dans le nord-ouest du pays malgré les tensions croissantes avec la Turquie, parrain de ces groupes insurgés. Désormais, seule la moitié de la province d’Idleb et quelques secteurs attenants des régions d’Alep, Hama et Lattaquié sont encore sous le contrôle des djihadistes de Hayat Tahrir al-Cham (HTS, ex-branche syrienne d’al-Qaida) et de groupes rebelles alliés.

La Turquie redoute la perspective d’un nouvel afflux de réfugiés

Ankara a d’ailleurs menacé de frapper les forces syriennes « partout », en cas de nouvelle attaque contre les forces turques dans la province d’Idleb, accusant Damas et les forces russes d’y commettre des « massacres ». Mercredi, 14 soldats turcs auraient été tués. La Turquie craint que le régime syrien ne gagne davantage de terrain dans le nord-ouest du pays. Officiellement, le gouvernement turc redoute la perspective d’un nouvel afflux de réfugiés, alors que le pays accueille déjà plus de 3,5 millions de Syriens.

La population syrienne vit en réalité un énième épisode des guerres larvées qui se jouent sur son territoire. La région fait théoriquement l’objet d’un accord de « désescalade » entre Ankara et Moscou mais la Turquie y a considérablement renforcé sa présence militaire. Ankara ne respecte pas les accords russo-turcs pour un cessez-le-feu en Syrie et ne fait rien pour « neutraliser les terroristes » dans la région rebelle d’Idleb, a accusé le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov. Évoquant les accords de Sotchi conclus en octobre 2019, entre les deux pays, il a expliqué que la Turquie avait « l’obligation de neutraliser les groupes terroristes » mais que « tous ces groupes bombardent les troupes syriennes et mènent des actions agressives contre les installations militaires russes. (…) Ceci est inacceptable et va à l’encontre des accords de Sotchi », a poursuivi le porte-parole du président russe. Il a dans le même temps dédouané les forces syriennes, qui frappent selon lui « les terroristes, et non les civils ». De son côté, Damas a accusé le président turc Recep Tayyip Erdogan d’être « déconnecté de la réalité ».

Ce qui n’a pas empêché les dirigeants russe, Vladimir Poutine, et turc, Recep Tayyip Erdogan, d’exprimer mercredi leur souhait d’une « mise en œuvre complète » des accords de désescalade russo-turcs en Syrie. Les deux pays, malgré les mots doux qu’ils s’adressent, se trouvent face à face non seulement en Syrie mais également en Libye. Paradoxalement, leurs différences leur ont permis d’éclipser les acteurs occidentaux et arabes qui, pourtant, continuent à soutenir divers groupes dits rebelles et/ou alliés aux djihadistes. Moscou et Ankara jouent leur partition mais, au sol, les populations civiles sont forcées de fuir. Le Conseil norvégien pour les réfugiés (NRC) a mis en garde contre la « pire catastrophe » humanitaire du conflit en Syrie si aucun cessez-le-feu n’est conclu dans la région. « Il s’agit du plus grand déplacement de la pire guerre de notre génération », a déploré le responsable du NRC, Jan Egeland.

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