Manifestation à Paris, en 2018, des coursiers de Deliveroo et d’Uber East contre leurs conditions de travail. D. Allard/Rea
Manifestation à Paris, en 2018, des coursiers de Deliveroo et d’Uber East contre leurs conditions de travail. D. Allard/Rea
Vendredi, 3 Avril, 2020

Ubérisation. Deliveroo bloque un coursier gréviste

Un nouveau livreur de repas à vélo, qui a participé aux dernières grèves contre la plateforme, vient d’être déconnecté sans préavis, en pleine épidémie.

Emmanuel, livreur à vélo de Lyon, a reçu la notification le week-end dernier. Son compte Deliveroo a été suspendu sans préavis, au motif qu’il aurait tardé, en plein confinement, à fournir son dernier justificatif de l’Urssaf. Un fallacieux prétexte, pour la CGT précaires et chômeurs. « Il avait prévenu la plateforme qu’il aurait un peu de retard ! Selon nous, il a été déconnecté car il a participé aux dernières mobilisations contre la baisse des rémunérations », s’insurge Ludovic Rioux, porte-parole des livreurs CGT à Lyon. La capitale des Gaules a en effet été pionnière dans une expérimentation de Deliveroo : la fin des plages horaires. Auparavant, les livreurs se voyaient attribuer, selon un ensemble de règles parfois contestables, des créneaux sur lesquels travailler. Leur suppression, qui s’est généralisée à toute la France pendant le confinement, a poussé les livreurs à se concurrencer entre eux, à augmenter leur temps de travail et à perdre du chiffre d’affaires. C’est contre cela qu’Emmanuel manifestait encore début mars.

Ce vendredi, les livreurs CGT de Lyon, Bordeaux, Nantes et Dijon se mettront à nouveau en grève contre la sanction qu’a subi le coursier, sans oublier leurs autres revendications, dont l’ouverture de négociations sur les rémunérations. « Avec les nombreux cas de Covid-19 qui se déclarent chez les livreurs, on demande la suspension des livraisons. Nous ne sommes pas indispensables à la nation, mais nous avons besoin d’une véritable indemnisation », affirme Ludovic Rioux. Et ce ne sont pas les mesures en faveur des indépendants qu’a pris le gouvernement, le 30 mars dernier, qui aideront les coursiers, puisqu’il faut, entre autres exigences, justifier 70 % de baisse de chiffre d’affaires depuis le début du confinement pour prétendre percevoir l’indemnité, ce qui n’est pas le cas des livreurs qui ont été poussés à travailler malgré les risques.

Pierric Marissal
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